vendredi, 31 août 2007
Hamlet is dead!
Le thème de la mort est omniprésent dans Hamlet… Mais alors que penser de la mort? La question est certes bien lugubre, mais très intéressante en prenant le parallèle entre l’infiniment petit (la physique nucléaire) et l’infiniment grand (nous).
Dans le premier domaine, une particule ne meurt pas mais elle se désintègre. Très rapidement après sa création (rapide à notre échelle), le pion se convertit en muon et neutrino, ce qui donne l’équation: Pion => Muon + Neutrino
Il n’y a donc pas de mort en physique, seulement une fin d’un état qui se convertit spontanément en un état différent, relié au premier par de strictes lois de conservation. La notion de mort semble ne s’introduire qu’avec la cellule, c’est-à-dire quand on aborde le domaine de la biologie. Pour qu’il y ait mort, il faut partir d’un état vivant. Mais qu’est ce que la vie? Est-ce le mouvement? Bien sûr que non, la Lune qui tourne autour de la Terre ne vit pas. Alors, la vie serait attachée à la possibilité de reproduction? On parle alors d’auto-réplication.
La vie est une notion très difficile à définir.
Le biologiste français Marie François Xavier Bichat disait à ce sujet: "La vie est ce qui résiste à la mort." Mais cette définition est circulaire car si la vie s’explique par la mort, cette dernière n’a de sens que pour le vivant. Quelle est donc la grande différence entre la fin d’une particule et la mort d’un être vivant? Essayons de calquer le résultat de la désintégration du pion au phénomène de la mort. En reprenant l’équation précédente cela donnerait:
Corps vivant => Cadavre + ?
Le point d’interrogation résume notre ignorance. Car la mort résulte en une perte, mais une perte de quoi? Et cela signifie que s’il manque quelque chose c’est que le corps ne constitue pas tout l’être vivant. Le corps n’est donc qu’une partie de l’être vivant, ce qui justifie l’équation qui ne résout rien, car l’état final n’est pas complètement défini. Contrairement au phénomène de désintégration où il existe un "avant", la particule initiale, et un "après" bien déterminé.
La mort d’un être vivant lâche bien derrière elle un cadavre, mais c’est un objet infiniment moins riche que le corps vivant qui a cessé d’être. Selon la dernière parole d’Hamlet avant de mourir "Le reste … c’est silence". La partie spirituelle qui caractérisait le vivant n’est donc plus objet d’analyse, elle nous échappe, soit que pour les agnostiques il ne reste rien d’autre et "Le reste est vide", soit que l’âme se soit évadée dans un au-delà inaccessible et "Le reste est absent".
Cette part manquante peut être appelée la part de l’incompréhensible.
Selon la phrase souvent citée d’Albert Einstein: "La chose la plus incompréhensible de ce monde est que le monde soit compréhensible". Mais le monde est il vraiment entièrement compréhensible? Car il existe une part du réel qui demeurera inaccessible à notre intelligence, malgré tous les progrès scientifiques à venir. Comme la rétine de l’œil qui n’est sensible qu’à une faible partie du spectre électromagnétique, l’intelligence ne serait sensible qu’à une partie des mystères de la nature. Dans l’hypothèse où le compréhensible et l’incompréhensible se recouvre partiellement, la mort pourrait être le point de rupture où ces deux ensembles divergent. L’équation de la mort a donc un peu évolué, on peut alors l’écrire:
Corps vivant => Cadavre + Incompréhensible
Reste à définir si cet incompréhensible est l’esprit ou l’âme?
On pourrait également abordé la mort sous un autre angle, celui du temps. On sait qu’il est réversible dans le monde de l’infiniment petit, alors qu’il est irréversible dans l’infiniment grand. Sans la mort, il n’y aurait plus de passage du temps, le monde deviendrait alors statique et sans histoire. La mort pourrait être donc un ingrédient externe de la physique, donnant au temps sa flèche, c’est-à-dire sa direction toujours orientée dans un sens unique. Mais reste une question cruciale est ce le temps qui passe ou nous qui le traversons?
10:48 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Hamlet, mort, Bichat, Einstein, temps
